Mission tourisme équestre Amédite

Quand les acteurs du monde du cheval cherchent à redynamiser une activité économique par le développement d’un tourisme « nature »

Contexte d’intervention et déroulement opérationnel

Les raisons de l’audit patrimonial

La note de synthèse rédigée à l’issue de « l’audit patrimonial Amédite » précise que l’association « Arc MÉDIterranéen du Tourisme Équestre » (nommée « Amédite[1] ») a été créée le 11 février 2005, avec pour objectif la création d’un grand itinéraire équestre reliant des pays de la Méditerranée. Afin de mener à bien les premières actions envisagées par ses membres[2], l’Amédite a reçu des financements de la part du Fonds Éperon, à hauteur de 175 000€.

Afin de poursuivre ses actions, l’Amédite a ensuite déposé auprès du Progamme MED un dossier de demande de financements européens. Par deux fois, ces financements ont été refusés, et les actions de l’Amédite n’ont pu être poursuivies. Ces difficultés ont permis aux dirigeants de l’Amédite de prendre conscience du caractère complexe et multi-acteurs de ce projet, et de l’importance que les différents acteurs, concernés par le projet, prennent part à sa définition et à sa réalisation.

D’où la proposition d’un audit patrimonial, financé par le Fonds Éperon et intitulé :

« Conditions et moyens du développement durable du tourisme équestre dans l’Arc méditerranéen : quelles stratégies pour les acteurs du monde du cheval et leurs partenaires régionaux dans le Sud-Est de la France ? ».

La réalisation opérationnelle de l’audit

L’audit patrimonial été réalisé entre mars 2010 et mars 2011, sur le territoire comprenant les régions Languedoc-Roussillon, Provence-Alpes-Côte d’Azur (hors Corse pour des raisons de temps) et les départements de la Drôme et de l’Ardèche en région Rhône-Alpes. Ce territoire est représenté sur la carte ci-dessous :

territoire_audit_amedite

Territoire couvert par l’audit patrimonial « Conditions et moyens du développement durable du tourisme équestre dans l’Arc méditerranéen » (rapport d’audit, 2011)

Au cours de la mission, 65 personnes ont été auditées en 52 entretiens[3], pour un total de 113h30 d’entretien. La liste des personnes auditées a été définie de façon à avoir une représentativité des acteurs à la fois géographique, professionnelle et systémique (position de l’acteur dans le système formé par l’ensemble des acteurs). Ont ainsi été audités :

– Des représentants de la FITE (Fédération Internationale de Tourisme Équestre), du CNTE (Comité National de Tourisme Equestre) et des CRTE[4] (Comités Régionaux de Tourisme Equestre) ; 6 personnes

– Les Président(e)s des 13 CDTE[5] (Comités Départementaux de Tourisme Équestre) du territoire couvert par l’audit ; 14 personnes

– Des Présidents de CDE[6] (Comités Départementaux d’Équitation) ; 8 personnes

– Des représentants des Conseils des équidés et des filières ; 6 personnes

– Des élus et agents des Conseils Généraux et des Conseils Régionaux ; 20 personnes

– Autres : représentants de l’élevage, des courses hippiques, du tourisme, de la communication, de l’Office National des Forêts, du suivi des programmes européens, des Haras Nationaux, du Groupement Hippique National, de la Direction Régionale de l’Agriculture de l’Alimentation et de la Forêt[7], du Parc Naturel Régional du Luberon ; 11 personnes

Parmi ces 65 acteurs, il est intéressant de noter que se trouvent 28 professionnels du cheval (propriétaires ou gestionnaires centres équestres, moniteurs, guides ou accompagnateurs de tourisme équestre, hébergeurs, éleveurs, salariés de filières cheval, formateurs).

L’équipe de facilitation était composée d’Elise Levinson (auditrice patrimoniale) et d’Henry Ollagnon (auditeur patrimonial et superviseur stratégique).

Remarque : Cet audit a été réalisé dans le cadre d’une démarche plus large. Tout d’abord, précédemment à l’audit patrimonial présenté ici, un autre audit patrimonial avait été conduit par des étudiants d’AgroParisTech sur le territoire plus ciblé de l’Uzège-Pont du Gard. Le sujet n’était pas spécifique au tourisme équestre. Cet audit était intitulé « Recherche des conditions et moyens d’une meilleure gestion de la qualité du territoire Uzège-Pont du Gard : quelles stratégies d’adaptation pour le monde agricole ? ». 115 personnes y ont été auditées, soit 45 lors de la première période de terrain (phase d’entretiens auprès des  acteurs nationaux, régionaux, et départementaux) et 70 lors de la deuxième (phase d’entretiens auprès des acteurs locaux sur le territoire de l’Uzège).

Ensuite, parallèlement à l’audit patrimonial présenté ici, des séminaires de rencontre active ont été animés par Vincent Pupin sur le territoire de l’Uzège-Pont du Gard.

Il y a eu trois séminaires par « familles d’acteurs » auprès des groupes suivants :

→ Groupe 1 : « élevages et établissements équestres » : centres équestres, éleveurs, écuries de propriétaires, haras, etc.

→ Groupe 2 : « acteurs économiques intéressés par la présence du cheval » : marchands de pailles et de fourrages, acteurs de l’hébergement touristique, maréchaux-ferrants, vétérinaires, etc.

→ Groupe 3 : « habitants et institutionnels intéressés par la présence du cheval » : cavaliers, centres sociaux, élus, associations sportives, etc.

Il y a eu deux séminaires « thématiques » dont les thèmes suivants ont été déterminés avec les acteurs lors des séminaires par familles d’acteurs :

→ thème « entretien des chemins et aménagement du territoire »

→ thème « agir ensemble, professionnels et amateurs »

Au cours de la réalisation de l’audit patrimonial que je présente ici, de nombreux besoins ont été exprimés par les acteurs. Derrière l’objectif général de relancer un projet de tourisme équestre arrivé à une situation de blocage, de nombreuses volontés ont ainsi été exprimées, expliquant cet objectif.

Le changement souhaité : relancer un projet de tourisme équestre essoufflé

Nous venons de voir que c’est le blocage du projet de l’Amédite, faute de moyens financiers (refus des financements européens), qui a mené à la réalisation d’un audit patrimonial. Le « problème » est alors apparu sous la forme des questions suivantes : comment faire que ce projet avance ? Est-il, tel qu’il a été conçu jusqu’à présent, le « bon » projet ? Lors de la phase de contractualisation avec les commanditaires, il est ressorti que ce projet, en l’état, n’était pas assez mobilisateur, ni pour se développer de façon autonome, ni pour rallier des financements extérieurs. L’audit avait donc pour objectif de faire émerger les conditions et les moyens nécessaires pour relancer ce projet.

Je rappelle que cette mission de facilitation a été financée par le Fonds Éperon, organisme chargé de financer et d’accompagner des études et des projets jugés positifs pour le développement des activités du monde du cheval. La volonté de débloquer et relancer le projet « Amédite », sous une forme plus mobilisatrice, était donc partagée et supportée par ce financeur, extérieur au territoire.

Une fois cet objectif mis en évidence avec les commanditaires et financeurs, l’audit patrimonial a été réalisé. Il a notamment mis en évidence, derrière ce besoin exprimé par les commanditaires, les besoins et objectifs des différents acteurs concernés. Il est alors apparu que cette volonté de relancer le projet Amédite, sous une forme plus positive et intégratrice, était partagée par les acteurs, et ce pour plusieurs raisons. Différents objectifs, expliqués dans ce qui suit, sous-tendaient cette volonté.

Une volonté de redynamiser l’économie des « arrière-pays »

Le premier objectif visé par une relance du projet Amédite était de redynamiser l’activité et l’économie des « arrière-pays » du territoire. En effet, il s’est avéré que le projet de l’Amédite n’était pas une simple « lubie » de cavaliers passionnés : derrière ce projet existe le sentiment que certains territoires de l’Arc méditerranéen ont besoin d’une redynamisation de leurs activités économiques. Les acteurs souhaitent « que la vie des territoires se développe ».

Il est ainsi apparu, au cours de l’audit patrimonial, un arc méditerranéen à deux facettes. La première est celle d’un littoral densément peuplé et attractif, sur lequel s’est développé et se développe encore un tourisme balnéaire générateur d’une forte activité. La seconde est celle des « arrière-pays », qui se vident progressivement et peinent à développer des activités. Le rapport d’audit précise ainsi que : « les acteurs insistent sur l’intérêt de développer le tourisme équestre dans les arrière-pays. Cela y est en effet souvent pertinent car un besoin de générer de l’activité économique y est souvent fort (contexte de déprise agricole), et les conditions y sont souvent propices (paysages préservés, passage des chevaux possible, etc.). »

Par « développer une activité économique », les acteurs entendent développer et  viabiliser un développement économique à travers le déploiement d’activités touristiques de bonne qualité, en matière d’hébergements et de restauration notamment. Ils citent en effet de nombreuses exigences de qualité, à commencer par le respect des personnes, de la cavalerie et de la nature. Ils souhaitent que leur professionnalisme soit mis en avant. Mais c’est aussi de la qualité de l’élevage, du soin des bêtes, des manifestations organisées autour du cheval (salons…) dont il est question selon eux.

Développer les activités « cheval », c’est aussi pour les acteurs viser l’objectif de maintenir et créer des emplois, pour l’élevage et l’entretien des chevaux, pour l’accompagnement des randonnées (guides et accompagnateurs de randonnées), dans la restauration et l’hébergement, etc.

Certains acteurs citent l’exemple de Gréoux-les-Bains, dont l’activité économique était jusqu’à présent très tournée vers le tourisme thermal, et qui « souhaite diversifier ses activités touristiques […] en s’appuyant sur un projet « cheval », à savoir notamment le développement d’un pôle d’excellence équestre » (Amédite, 2011)[8].

Une volonté de préserver et faire connaître la nature, via le cheval

La deuxième motivation des acteurs à voir le projet de l’Amédite relancé est leur volonté de préserver et de faire connaître la nature au travers de ce média si spécial à leurs yeux qu’est le cheval. Il ressort en effet de l’audit patrimonial que les activités équestres sont particulières du fait du caractère vivant de leur élément commun et indispensable : le cheval. Les acteurs expliquent que cette particularité renforce d’une part leur volonté de reconnecter l’Homme à la nature, et d’autre part la possibilité de le faire (les cavaliers, à dos de cheval, étant déjà « connectés » à la nature). Les acteurs expriment donc ce besoin de reconnexion de la population à la nature, qui semble facilitée par l’activité équestre.

Au cours des randonnées, ce premier contact avec la nature par le contact avec le cheval est complété d’un contact avec les paysages, avec la faune et la flore, très diversifiés sur l’Arc méditerranéen. Pour les acteurs, cette dynamique s’inscrit dans le cadre d’un développement du tourisme « nature » en France.

Une volonté de reconnexion avec les traditions et l’histoire

Enfin, derrière la volonté de relancer le projet Amédite se trouve la volonté des acteurs d’une reconnexion avec les traditions et l’histoire du territoire (en réalité des différentes régions du territoire). Au cours du travail d’audit, plusieurs acteurs ont exprimé le souhait de voir perdurer certaines traditions locales, que le nouveau projet de tourisme équestre pourrait valoriser et faire connaître.

Certains acteurs citent la tradition des gardians en Camargue.

Certains acteurs souhaitent « mettre en valeur les races locales ». Le rapport d’audit précise en effet qu’ « un projet de développement du tourisme équestre peut être, pour certaines personnes auditées, un bon outil de préservation et de connaissance par le grand public de races spécifiques ». Les races citées lors des entretiens sont : Camargue, Merens, ânes et mulets de Provence.

Certains acteurs enfin voient dans un nouveau projet Amédite l’occasion de faire revivre, au travers des itinéraires, l’histoire de la route du sel ou celle de la Via Domitia. Ces routes légendaires constitueraient un fil conducteur entre différents projets locaux.

Conclusion

Derrière la volonté de relancer le projet de l’association Amédite se trouvent donc, pour les acteurs rencontrés, différents objectifs. Ceux-ci expriment en effet leur souhait de voir l’économie des arrière-pays se redynamiser ; celui de faire connaître et préserver la biodiversité de leurs régions via la pratique d’activités équestres, le cheval étant selon eux le parfait média pour cela ; et enfin celui de faire revivre certaines traditions et histoires locales, fortement liées à la présence du cheval sur le territoire.


[1] amedite.aricie.com

[2] Recensement des itinéraires dans chacun des départements, recensement des hébergements, mise au point d’une charte d’accueil pour les relais d’étape de tourisme équestre, aides à la valorisation de gîtes.

[3] Rappelons que si les entretiens individuels sont privilégiés, il peut arriver que plusieurs personnes soient auditées au cours d’un même entretien, pour des questions de disponibilité ou à la demande de la personne contactée.

[4] Les CNTE et CRTE sont des structures fédérales. Au niveau national, le tourisme équestre occupe une place spécifique au sein de la FFE (Fédération Française d’Équitation), puisqu’il est géré par un comité particulier : le Comité National de Tourisme Equestre (CNTE). Dans les régions et les départements de France, on retrouve cette différenciation « équitation » / « tourisme équestre » par l’existence de deux types de structures régionales et départementales de la FFE : les Comités Régionaux et Départementaux d’Équitation (CRE et CDE) et les Comités Régionaux et Départementaux de Tourisme Équestre (CRTE et CDTE).


[5] Les CDTE sont des structures fédérales. Voir note précédente.

[6] Les CDE sont des structures fédérales. Voir note précédente.

[7] DRAAF (Service déconcentré de l’État en région).

[8] Il s’agit d’un extrait du compte-rendu de l’Assemblée Générale de l’Amédite, qui s’est tenue le Jeudi 17 Mars 2011 à Tarascon.

Un commentaire

Laisser un commentaire