Contexte de la facilitation

Depuis les années 1970, de plus en plus de problématiques du vivant émergent et questionnent nos sociétés. Problématique du « trou de la couche d’ozone[1] », dégradation des « masses d’eau »[2], mise en danger de certains milieux et de certains espèces (emblématiques[3] et « biodiversité ordinaire »), évolutions de l’agriculture, pour n’en citer que quelques-unes.

En particulier en France, les textes de loi en témoignent : entrée en vigueur du Code de l’Environnement par l’ordonnance du 18 septembre 2000[4] ; transcription de la Directive Cadre sur l’Eau par la loi sur l’eau et les milieux aquatiques du 30 décembre 2006 (complétant la loi du 16 décembre 1964 relative au régime et à la répartition des eaux et à la lutte contre leur pollution, et la loi sur l’eau du 3 janvier 1992) ; Charte de l’Environnement promulguée le 1er mars 2005[5], etc.

Mais les acteurs publics nationaux ne sont pas les seuls concernés. Le vivant, aujourd’hui, est soumis à un ensemble de « crises » de plus en plus fréquentes et de plus en plus fortes, qui révèlent la complexité du vivant et placent les acteurs, publics comme privés, face à des questions de prise en charge, de « gestion ». Les innombrables interactions qui existent entre les réalités du vivant et les multiples acteurs concernés (citoyens, État, collectivités territoriales, associations, professionnels…), et ce à différents niveaux du local au global, amènent à se demander : comment développer une prise en charge efficace du vivant, que ce soit pour développer des projets ou résoudre des problèmes ? Autrement dit, comment articuler les enjeux, intérêts, visions des différents acteurs dans l’action ?

C’est bien d’action dont il s’agit lorsque l’on parle de « gestion du vivant » : des actions et non-actions entreprises, volontairement ou involontairement, qui d’une part influencent le vivant et sa complexité, et d’autre part en sont influencées en retour. Il ne s’agit pas de questions morales, ni d’une forme de culpabilité vis-à-vis de la nature. Il ne s’agit pas de dire ce qui est « bien » ou « mal », ce qui est politiquement correct et ce qui ne l’est pas. Il s’agit de l’action, concrète et pragmatique, qu’il n’est plus possible, face à la complexité des situations, de mener seul.

Face à ces différents « symptômes de crise[6] », les modalités de prise en charge du vivant sont questionnées. L’idée est apparue de passer d’une gestion protectrice de la « nature » à une gestion intégratrice, tenant compte du développement des activités humaines. Pour des raisons d’abord éthiques et morales, puis et surtout, depuis plusieurs dizaines d’années maintenant, par crainte de l’extinction de l’humanité, nous avons assisté à la naissance progressive, puis à la montée en puissance, du concept de « développement durable ». Son ambition est de concilier les enjeux économiques, écologiques et sociaux, ce qui met l’ensemble des acteurs face à la nécessité d’innover politiquement.

Dans ce mouvement vers un « développement durable », et en réponse à des problèmes complexes et multi-acteurs de gestion du vivant, l’approche « patrimoniale »[7] se développe depuis plus de vingt ans, au service des acteurs des territoires et des filières, qu’elle mobilise et appelle à participer. La notion de « facilitation stratégique » y est employée, aussi bien par les concepteurs que par les utilisateurs des « démarches patrimoniales », pour parler de l’ensemble des pratiques mises en œuvre au cours des interventions réalisées par les « facilitateurs stratégiques ». Le point de départ de notre démarche de recherche se situe là. Nous avons trouvé dans les concepts de l’ « approche patrimoniale », aussi bien que dans ses méthodes d’intervention, une ouverture humaniste à la complexité du « vivant », et une réconciliation de disciplines et de façons de percevoir le monde habituellement cloisonnées : les sciences de la nature d’un côté, et les sciences humaines de l’autre. C’est aussi, comme cela est présenté dans la rubrique « Méthodes et outils d’intervention », les méthodes d’intervention de l’approche patrimoniale que j’ai utilisées pour ma pratique de facilitatrice.

Ceci étant dit, l’approche patrimoniale n’est pas seule à explorer l’innovation politique rendue nécessaire par la quête d’un développement durable. Depuis plusieurs années se développe la « participation », tendance lourde tels qu’en témoignent les nombreuses discussions sur le sujet, le nombre important de concepts et de notions qui y sont rattachés, ainsi que les nombreux projets « participatifs » qui se font jour.

La pratique et les caractéristiques du « facilitateur stratégique » intéressent au-delà de l’approche patrimoniale. L’accompagnement au changement, pour un développement durable, est de plus en plus présente, tels qu’en témoignent par exemple les travaux portant sur l’ « ingénierie territoriale » et la « planification ascendante des territoires ».

Elise LEVINSON


 

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La complexité du vivant et de sa gestion

La complexité du vivant et de sa gestion sont au cœur de l’intervention du facilitateur stratégique. Vous trouverez dans cet article des explications au sujet du concept de « complexité », et des précisions sur la façon dont, concrètement, ce point a été abordé lors des missions auxquelles j’ai participé.

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Des « crises » du vivant qui questionnent les modalités de sa prise en charge

Les XXe et XXIe siècle sont caractérisés par des « crises » du vivant qui questionnent les modalités de sa prise en charge. Vous trouverez dans cet article des informations sur la notion de « crise », et sur la façon dont elle interroge nos sociétés.

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[1] On parle communément du « trou de la couche d’ozone » en référence à l’alerte de 1985, suite à la découverte d’une diminution importante de la concentration d’ozone au cours des mois de septembre et d’octobre au-dessus du continent Antarctique.

[2] Dégradation qui est à l’origine de la Directive Cadre sur l’Eau de 2000.

[3] Les dix espèces emblématiques menacées selon l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) sont : le renard polaire, le koala cendré, le manchot empereur, le poisson clown, le béluga / la baleine blanche, le saumon, le phoque marbré, la tortue luth, le corail acropore et le kokerboom.

[4] Regroupant notamment les grandes lois telles que la loi du 2 mai 1930 (relative à la protection des monuments naturels et des sites de caractère artistique, historique, scientifique, légendaire ou pittoresque), la loi du 10 juillet 1976 sur la protection de la nature, la loi Montagne (1985), la loi Littoral (1986), la loi Paysage (1993) et la loi sur le renforcement de la protection de l’environnement (1995).

[5] La charte de l’environnement est un texte de valeur constitutionnelle, intégré en 2004 dans le bloc de constitutionnalité du droit français, reconnaissant les droits et les devoirs fondamentaux relatifs à la protection de l’environnement. Elle énonce notamment trois grands principes : le principe de prévention, le principe de précaution, et le principe pollueur-payeur.

[6] À ce sujet, consulter (Brédif, 2004, Chapitre 1).

[7] Ollagnon, H. (1998), Une approche patrimoniale de la gestion de la qualité : une application à la nature et au vivant – pour une écologie de l’action, Thèse pour le doctorat d’état en sciences économiques, Université Paris (I) « Panthéon-Sorbonne », Paris

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